APPROCHE DE LA CONSULTATION

par Samuel DJIAN-GUTENBERG

Conférence prononcée le 25 mars 1995

à l'occasion du Centenaire de la naissance de

Dane RUDHYAR

 

 

Remarque: Ce texte est la retranscription de l'intervention de Samuel DJIAN-GUTENBERG. Quoique remanié par endroits, il conserve la spontanéité et la forme du langage parlé.

C'est effectivement une chose importante pour moi de me retrouver ici après le témoignage de Fanchon. Je voudrai également apporter mon témoignage concernant Germaine Holley, puisque je la considère comme ma mère spirituelle. C'est elle qui m'ai fait connaitre Dane Rudhyar. Je travaillais avec elle à cette époque (1978) et elle m’a dit un jour : "Vu votre tournure d'esprit, compte tenu de votre quête et de votre recherche, je connais quelqu'un qui va sans doute vous bouleverser". C'est dur pour une mère de dire cela à un fils, sans doute savait-elle à ce moment-là que j'allais partir vers le père. Elle m'a donc donné un ouvrage qui s'intitule en anglais Birth Patterns for a New Humanity, livre qui a été traduit plus tard en français sous le titre L'Histoire au Rythme du Cosmos. Ayant, à l'origine, une formation universitaire en Sciences Politiques, ce livre me passionnait particulièrement dans la mesure où ce qui m'intéresse dans ce que nous vivons tous ensemble, à l'aube de l'ère du Verseau, c'est vraiment d'aller vers une nouvelle civilisation. Ce livre répondait à tous mes voeux de "politologue" d'une part et d'astrologue d'autre part. Et comme chacun le sait l'Astrologie n'est qu'un moyen, donc je ne devrais pas parler de ma formation d'astrologue mais plutôt de celle de chercheur. Donc ce livre a été, parmi d'autres, une révélation pour moi. Après l'avoir lu, dévoré devrais-je dire, ainsi qu'un certain nombre d'autres ouvrages que Madame Holley avait en sa possession, je me suis précipité à Londres pour aller chercher ceux qui manquaient. Et j'ai tout lu d'une seule traite, moi qui parlais à peine anglais et qui pouvais à peine le lire à ce moment-là. C'est en lisant Rudhyar que j'ai réellement appris l'anglais ! Ce témoignage me semble important car c'est à partir de là que je suis parti aux Etats-Unis. Je remercie Leyla de m'avoir accueilli à cette époque; c'était en 1981. Avoir rencontré Rudhyar, avoir travaillé près de lui et rencontré aussi mon père spirituel joue évidemment un grand rôle dans mon travail d'astrologue tout comme dans ma vie. J'ai donc la chance d'avoir un père et une mère à ce niveau-là.

Hier nous avons vu l'application philosophique de la pensée de Rudhyar et je suis tout à fait d'accord avec ce qui a été dit, avec les messages qui ont été délivrés. Mais, comme je vous l'ai dit, il y a un instant, tout ce qui touche à la nouvelle civilisation dont nous parlons, vers laquelle nous allons, qui se prépare à naître (et que Charles Harvey a présenté il y a quelques instants -. il nous a montré comment tout cela pouvait se mettre en place), eh bien cette nouvelle civilisation nous ne l'avons pas touchée du doigt. Aussi, je pense que sur les prémices de ce qui a été dit hier - je dis encore une fois que j'étais d'accord, surtout sur les concepts de l'homme que l'on retrouve dans tous les enseignements, chez Rudhyar particulièrement dans ce fabuleux livre qui s'appelle Le Rythme de la Totalité - nous ne déboucherions pas sur les mêmes conclusions, sur le même type de civilisation. Parce que l'homme de demain sera un homme libre, il devra être un homme libre, un individu libre, autonome, indépendant, qui est sorti comme nous le dit Rudhyar de la socioculture, de la conscience de masse comme dirait Alice Bailey, pour atteindre un état d'individualisation, mais au-delà de cela, pour atteindre une dimension transpersonnelle. C'est pour cette raison que personnellement un de mes livres de chevet - que j'ai ici et qui n'est malheureusement pas traduit en français - est un livre de Rudhyar, un petit livre, un petit fascicule, que je souhaiterais voir traduire d'ailleurs pour que tout le monde puisse en prendre connaissance. Il s'intitule :

De l'Astrologie Humaniste à l'Astrologie Transpersonnelle. Pour moi, ce petit livre contient d'une manière condensée l'homme de demain au-delà de l'homme d'aujourd'hui. Pour moi le travail de la consultation, autant que faire se peut, là où j'en suis moi-même arrivé - parce qu'un astrologue ne peut redonner aux personnes qui viennent le voir que ce que lui-même a intégré de sa propre dynamique, de son propre sens de l'évolution - donc autant que faire se peut, je me situe dans cette perspective du transpersonnel au sens où Rudhyar l'entendait et la consultation est pour moi l'outil qui me permet d'aller dans ce sens en tant que médium, on pourrait dire de l'inconscient de l'autre personne; l'astrologue n'est en effet qu'un médium, il n'est pas là pour imposer des vues spécifiques à la personne qui vient le voir mais simplement la révéler à elle-même et c'est une grande chance et une grande responsabilité; mais en même temps je dirais que ce qui est transpersonnel pour moi est le but essentiel de notre vie, - même s'il faut passer par l'individualité pour accéder au transpersonnel, Alexander Ruperti, Rudhyar lui-même bien sûr, et tous les enseignements, insistent beaucoup sur ce travail d'intégration de la personnalité pour pouvoir accéder à cette dimension qui est la dimension de l’Ame. A travers ce petit livre Rudhyar dit qu'il est nécessaire de passer d'une vision horizontale de l'homme à cette verticalité dont on a parlé ces jours-ci.

Voici quelques phrases tirées de ce livre qui peuvent le mieux expliciter cette démarche :

" L’ intégration de la personnalité, dont parle si éloquemment Carl Jung, n’est pas un idéal ou un but suffisamment dynamique et transformateur. Ce qui anime les quelques individus qui se sentent prêts - ou qui pensent l’être – c’est la vision d’une transformation totale de l’ensemble de la personne. Cest une voie transpersonnelle qui appelle une astrologie transpersonnelle ".

(p.34).

Page 40, Rudhyar ajoute:

" L’Astrologie transpersonnelle se développe sur les bases mises en place par l’astrologte humaniste. Elle ne s’ïntéresse pas seulement - et, en un certain sens, pas essentiellement - à ce que la personne est, mais surtout à ce qu'elle devrait être, i.e. ce qu’elle pourrait

devenir si ses potentialités actualisées étaient dédiées sans réserve et effectivement au processus de transformation, non seulement dans le cadre de sa propre nature, mais aussi dans celui de son environnement socioculturel et même géographique. " Il y aurait beaucoup de passages à citer pour éclairer cette dimension. Je terminerai seulement en citant encore une anecdote que Rudhyar raconte dans le livre (p.62): " Un barbier d'une caste inférieure entendit le Bouddha parler du nirvana. Avec une sorte de désespoir, il lui demanda : Mals est-ce que moi, un petit barbier, je pourrais aussi atteindre le nirvana ? LeBouddha lui répondit : Oui, même toi, un petit barbier. Et aussitôt, cet homme atteint le nirvana ".

C'est une autre manière de voir les choses évidemment, mais c'est cela qui est pour moi l'objet de la consultation: j'essaie - enfin j'essaie c'est prétentieux de ma part, je ne suis qu'un canal, et j'espère l'être le mieux possible - de permettre aux personnes qui viennent en consultation de retrouver, comme le dit là aussi Rudhyar, de retrouver le sens sacré de leur vie, le sens de leur vie symbolique, de donner le sens caché des événements qui leur arrivent, ou plutôt de leur arrivée aux événements car, comme Rudhyar le dit dans La Pratigue de l'Astrologie, ce ne sont pas les événements qui viennent à nous, c'est nous qui arrivons aux événements. C'est très important cette conception que Rudhyar a développée et donc j'essaie toujours de redonner ce caractère symbolique et sacré, c'est-à-dire ce qui permet à l'individu, à travers ce qu'il vit, d'aller vers la lumière de l'âme, la lumière de l'être essentiel pour reprendre là aussi les mots de Durkheim et se dégager de l'être existentiel. Alors, bien sûr, je ne veux pas rentrer dans la technique de la consultation parce que ce n'est pas là mon propos, je désire plutôt parler de l'esprit, et de l'expérience que j'en ai, puisque je consulte depuis 1977. Et j'ai vu passer du monde dans mon cabinet de consultation, mais je me suis vu passer aussi, puisque je me suis rendu compte que c'est notre humanité commune qui est présente, et le but, c'est vraiment pour moi de révéler cette lumière de l'âme, au-delà des apparences, au-delà des faits; les faits sont là, ils nous parlent, mais c'est pas cela qui nous intéresse dans cette approche. On peut même juger les faits de l'extérieur, et dire tiens, un tel a fait quelque chose qui n'est pas conforme à cette idée que je me fais d'une certaine éthique, d'un certain vécu, d'une certaine morale socioculturelle ou même individuelle, donc encore égotique. Non, ce n'est pas cela qui nous intéresse; quel que soit le vécu de la personne, nous n'avons pas à en juger, mais nous avons à lui révéler le sens de ce vécu, dans la dimension de globalité de sa vie, dans son itinéraire, et dans la révélation de ses potentialités, telles qu'elles sont inscrites dans le thème de naissance. Évidemment, on peut faire des erreurs, on peut se tromper, mais cet alignement entre l'Âme et la Personnalité, pourrait-on dire, qui a été développé hier, qui doit conduire au nouvel homme, qui de "l'exclusivisme" va aller vers "l'inclusivisme", vers l'inclusivité, est la démarche essentielle qui sous-tend chacun de nos actes dans la vie, que nous en ayons conscience ou pas. C'est pour cela que pour moi, quelqu'un qui est dans une dimension humaniste est aussi un citoyen de l'univers. En tant que citoyen de l'univers, il est appelé à contribuer à la croissance de la conscience universelle, et ce faisant, en faisant le travail sur lui, c'est ce qu'il fait évidemment. C'est Rupert Sheldrake, je crois, qui disait que quand on arrache un brin d'herbe, les étoiles dans le ciel en sont touchées. Nous devons, je pense, arriver à atteindre cette inclusivité, cet amour universel, non dans le sens où on me l'a souvent reproché, neptunien compulsif, larmoyant, état par lequel je suis passé effectivement, mais au sens d'un discernement, d'un centrage, d'une recentration.

La consultation sert aussi à révéler, à travers les transits, les progressions, etc., cette dimension de la conscience de l'autre, c'est-à-dire de vous, de moi, de chacun de nous. Donc, quand on est face à des transits, à des progressions, la question qui se pose est : qu'est-ce que cette personne est en train de vivre ? Quel est le sens de sa vie à ce moment-là ? Quel est le sens de sa vie dans la globalité de son existence ? Comment peut-elle franchir le nouveau pas, la nouvelle transformation, la nouvelle étape, qui va la conduire vers l'essence d'elle-même, et donc vers l'essence de la transcendance ? C'est cela qui me semble le plus important, c'est cette approche qui découle de mon expérience : être à cette écoute de l'âme. Évidemment, il y a toujours des personnes qui attendent beaucoup plus que simplement cette écoute et cette parole, des personnes qui voudraient que l'astrologue leur donne LA réponse à tous leurs problèmes. Je voudrais dire ici que l'astrologue n'est que le reflet, s'il est vraiment transpersonnel, transparent disons, il n'est que le reflet de la psyché de la personne qui est présente.

Il va lui redonner ce qu'elle-même porte en elle, à travers les progressions, les transits, mais toujours en mettant cet accent sur le devenir, vers la transformation, vers cette conscience dont Rudhyar parle, dont tous les Maîtres nous parlent. Et à partir de là, le sens sacré et symbolique de sa vie peut lui apparaître, je suppose, j'espère du moins, ce n'est pas à moi d'en juger, c'est la personne qui va me le dire ensuite , mais elle va se dire " Tiens là, je vis quelque chose, c'est douloureux, c'est difficile, mais je comprends maintenant pourquoi je le vis ainsi, et maintenant je vais pouvoir le vivre en conscience".  Il faut dire que, le plus souvent, c'est surtout en état de crise que le travail peut se faire au mieux. Durkheim disait, notamment dans Le Centre de l'Être : " C'est quand on accepte l'inacceptable que la transcendance peut se manifester ", c'est-à-dire qu'il nous est possible de contacter cet être essentiel qui est en nous. C'est ce à quoi peut contribuer la consultation. Et donc à partir de là, la personne va se retrouver peut-être, ou va être confortée, ou va pouvoir être poussée dans cette dimension de sa propre vie.

Là, je vais vous raconter deux ou trois petites anecdotes, parce que c'est aussi intéressant, et c'est cela aussi la pratique de l'astrologie ; je vais donc partager avec vous quelques consultations que j'ai vécues. Je ne citerai évidemment pas les personnes en tant que telles, mais elles sont simplement des exemples de ce que nous vivons.

Entre autres, une qui me vient à l'esprit -. dernièrement, j'ai vu une jeune fille, c'est la troisième fois qu'elle vient me voir en consultation; elle a vingt ans et elle est venue me voir la première fois lorsqu'elle avait seize ans , la deuxième fois elle avait dix-huit ans, et la troisième f ois, elle vient donc me voir, elle a  vingt ans. Cette jeune fille a un thème " à tout casser ", comme dirait Germaine Holley. Effectivement, elle est Verseau, très marquée par Uranus, très révoltée donc, très en rejet de sa société, de sa culture, d'une manière peut-être puérile évidemment à cet âge-là, mais en même temps complètement ouverte sur d'autres perspectives, au-delà de la personnalité, ce qui la faisait passer pour une " folle". A seize ans déjà, elle était intéressée par la mystique, elle était intéressée par ce quelque chose qui est au-delà de la réalité immédiate, scientifique on pourrait dire.

Dans sa famille, elle passait donc pour une dingue, pour une folle. De ce fait, elle était en hôpital psychiatrique, sous tranquillisants, etc.

Quand j'ai vu son thème la première fois, je me suis dit que mon devoir était de lui dire que ce n'était pas elle qui se trompait, parce qu'elle est en chemin vers elle-même, comme nous le sommes tous, mais que c'était sa socio-culture qui l'empêchait d'exprimer sa véritable identité. Bien sûr, il fallait la canaliser en raison, notamment, de ce que nous appelons en Astrologie Humaniste "le facteur âge"; il fallait l'aider à mettre en place un "bon" Saturne, mais au-delà, il lui était permis, il fallait lui permettre, d'exprimer cette identité, même si, tout, autour d'elle l'en empêchait. La première fois qu'elle est venue, quand elle avait seize ans, j'étais quelque peu embêté: elle était un peu jeune et c'était les parents qui me l'envoyaient, des parents un peu stricts, rigides, qui avaient agi sur les conseils d'une tante qui faisait elle-même de l'astrologie. Je me suis demandé s'il était opportun d'aller contre ses parents, mais j'avais quand même la responsabilité de dire ce qui était, c'est-à-dire ce que je voyais dans le thème. Alors je lui ai dit: " Ce que tu vis, c'est la recherche de toi-même", (bien sûr, j'ai essayé de lui parler à son niveau à elle, le langage qui était le sien à ce moment-là, l'astrologue s'adapte, à chaque consultation, à ce qu'il ressent de son consultant), "Si tu pouvais arrêter de prendre des tranquillisants, s'ils te le permettent, ça serait vraiment une bonne chose."  Peut-être, sur le plan déontologique, par rapport à la médecine, est-il grave de prononcer de telles paroles, mais je savais que c'est ce qui était juste pour elle. Je lui ai également donné deux ou trois livres à lire qui l'aideraient à réfléchir au sens de ce qu'elle vivait et à se faire une idée d'elle-même. Je lui ai parlé notamment de Hermann Hesse, l'écrivain, parce que pour des adolescents, il est une très bonne introduction, un très bon passage à cette "conscience" : Le Loup des steppes ou bien Narcisse et Goldmund et surtout Siddharta. Pour moi, les livres sont mes petites ordonnances ; pour d'autres personnes, je les guiderai vers Arnaud Desjardins, Graf Durkheim ou Roberto Assagioli par exemple, suivant les intérêts et les orientations du consultant, en tout cas toujours à la mesure de ce que moi j'ai pu comprendre de ma propre évolution. Et je lui ai conseillé cela. Elle a lu ces livres, et deux ans après elle est revenue me voir. Elle m'a dit  "J'ai bien compris ce que tu m'as dit,  je ne fais plus que de temps en temps des petits séjours en hôpital psychiatrique, mais je suis encore sous tranquillisants, mais tu vois c'est déjà plus clair ". Je lui ai dit bon, et on est allé un peu plus loin. La dernière fois qu'elle est venue, elle me dit: "Ecoute, grâce au travail que nous avons fait ensemble, et avec d'autres personnes aussi, des psychologues, hier je suis allée chez le psychiatre", et je lui ai dit : "je ne veux plus de tranquillisants". Elle ajoute "Je veux être thérapeute maintenant". Entre-temps, elle s'est intéressée au yoga, a tout ce qui touche à cette dimension de la conscience, comme son thème le laisse présager. Bien sûr, elle était jeune, elle est toujours jeune, mais elle est, elle a ouvert la porte qui peut la conduire sur son chemin. Désormais, elle a fait les premiers pas, elle a quitté ses parents, elle a pris un appartement en ville, elle a trouvé un petit job pour pouvoir faire des études de thérapeute à côté. Il lui faut encore s'affermir, s'ancrer dans un "vra " Saturne pour pouvoir être mieux à même de recevoir les énergies d'Uranus, Neptune et Pluton sans plus être complètement envahie comme elle l'avait été. Je lui expliqué que son expérience et sa souffrance n'ont pas été inutiles car elle saura comprendre d'autant mieux, par la suite, les personnes qui viendront vers elle.

Je pourrais raconter un certain nombre d'histoires vécues comme celle-ci. D'ailleurs, il y a autant d'histoires que nous sommes d'individus dans cette salle, puisque nous avons tous vécu ce processus.

Dans le cas évoqué, j'ai essayé de reconnecter la problématique de son incarnation, parce que problématique il y avait bien sûr, et de lui proposer des voies pour la transmuter, pour qu'elle puisse prendre conscience que sa destinée était au-delà de ce qu'on voulait qu'elle soit. Comme cela m'était arrivé à moi-même, et je pense à beaucoup d'autres ici. Il m'a fallu me battre pour sortir de l'horizon limité de ma socio-culture et affirmer mon identité. Voyez, quelqu'un qui a fait des études de Sciences Politiques et qui devient astrologue, il y a 24 ans ou 25 ans, voyez ce que cela peut faire dans le milieu dans lequel j'étais. Dans le fond, l'histoire était identique. Donc, retrouver ce caractère sacré de la vie, reconnecter avec son identité profonde, devenir un canal transpersonnel, c'est-à-dire, comme l'explique Rudhyar - Sri Aurobindo décrit ce processus de la même manière - à la fois s'élever au-delà de la personnalité, ce qui est l'étape ascendante, mais aussi laisser l'esprit descendre du transpersonnel à travers la personnalité. Mais pour que cette connexion puisse se faire, il est nécessaire que la personnalité, l'ego, soit suff isamment pure, transparente. D'où tout le travail que l'on peut faire avec le yoga et d'autres techniques spirituelles, les différentes formes de psychologie et de thérapie, avec d'autres outils encore suivant le niveau de sa recherche. Quels que soient les outils, chacun va trouver les siens. Je suis intéressé par un grand nombre de techniques, et j'essaie de guider chacun vers la technique qui me semble lui correspondre. Dans ce sens, je pense que la " voie transpersonnelle" peut accompagner simultanément la  "voie humaniste", comme Rudhyar l'explique dans le petit livre dont j'ai parlé plus haut, De l'Astrologie Humaniste à l'Astrologie Transpersonnelle. On peut donner un sens immédiatement transpersonnel au travail d'intégration de Ici personnalité ; c'est ce que propose par exemple le yoga, l'octuple sentier dont parle Patanjali dans ses fameux Yoqasutras.  Les quatre premières étapes, à savoir yama, niyama, asanas et pranayama,  permettent le travail de purification de la personnalité au niveau des corps physique, émotionnel et mental, les quatre étapes suivantes (pratyahara, dharana, dyana, samaddhi) étant plus spécifiquement liées au transpersonnel. Il en va de même dans tous les enseignements spirituels, même si certains privilégient un aspect plutôt qu'un autre pour atteindre Ia "Conscience Cosmique". Quoi qu'il en soit, à partir de Ià, ce travail peut se faire, et ce sens symbolique, ce sens sacré dont parle Rudhyar dans le dernier chapitre des Symboles Sabian, magnifique chapitre, qui s'intitule  "La Vie Symboliqu ". Vous ne l'avez pas lu ? Je vous invite à le lire parce qu'il est merveilleux. Dans ce dernier chapitre, il montre que vivre une vie transpersonnelle - j'ai noté quelques pages que j'ai reprises - vivre une vie symbolique dit-il, c'est le but de chacun de nous : "Vivre une vie symbolique signifie vivre une vie transpersonnelle, une vie au sein de laquelle chaque événement peut se rattacher à un archétype, et qui en cela acquiert un caractère sacré". Et il dit très bien qu'à ce moment là, nous pouvons connecter avec notre propre éternité. Alors, peut-être que ce que je suis en train de dire, ce n'est pas ce que l'on attend d'un discours sur la consultation, sur un plan plus technique, sur un plan plus psychologique (dans le temps qui nous est imparti, évidemment, ce n'est guère possible). Encore une fois, ce que j'essaie de faire, c'est de transmettre cette idée, de partager cette idée que la consultation telle que moi j'essaie de la vivre, est un acte d'amour, un acte d'amour envers son prochain, elle est la reconnaissance de ce qu'est l'autre dans son identité profonde et essentielle. Et parfois je me dis, mais comment se fait-il que lorsque je suis en consultation, je suis tellement "inspiré", pour dire à  " l'autre" ce que je dois dire, et quand je n'y suis pas, je retombe dans mes petitesses, comme chacun de nous, dans nos étroitesses...

Je me dis qu'il faudrait être en consultation tout le temps ! Mais en consultation avec Dieu, avec l'être essentiel, avec le Soi comme vous voudrez bien l'appeler, en permanence, ce que l'on appelait autrefois la "présence à Dieu", on ne l'utilise plus parce que cela a trop de connotations chrétiennes, mais cette présence à Dieu, c'est la présence au Soi dirait Jung, c'est la présence au Plérôme dirait Rudhyar. Sri Aurobindo dirait, c'est le " supramental ", Teilhard de Chardin, qui a été évoqué tout à l'heure, dirait c'est le Christ Cosmique etc. Donc chacun l'appelle comme il veut, suivant ses croyances, mais le but de cette vie qui nous est impartie, et sur laquelle nous marchons chaque jour pas à pas (parfois nous faisons de grands pas, de grandes enjambées), c'est vraiment de toucher à cette sagesse, qui est en nous, qui est autour de nous.

C'est important aussi d'avoir conscience du temps, je pourrais parler de Saturne en l'occurrence, qui est la pierre de touche dans tout ce mécanisme. Il y aurait beaucoup à dire de Saturne dans la perspective de l'intégration de la personnalité, du passage du Saturne "karmique" au Saturne "dharmique" sans lequel ce processus de "transpersonnalisation" ne saurait se faire...

Cela va me permettre justement de vous raconter une petite histoire qui m'est arrivée à mes débuts d'astrologue. J'ai commencé l'astrologie en tant que consultant en 1977, et j'ai toujours essayé depuis lors d'exprimer dans ce que je faisais, et dans ma propre vie d'ailleurs, le message de Germaine Holley, de Charles Vouga et de Rudhyar pour ce qui concerne l'Astrologie car vous avez bien compris que la technique n'est pas tout dans l'histoire. J'ai commencé à travailler avec un psychanalyste jungien, qui m'a poussé à devenir astrologue et qui m'a envoyé des "clients" au début, (clients est un terme que je n'aime pas tellement parce que ce n'est pas du tout cela qui se passe, même le mot patient ne me convient pas, je dirais plutôt que ce sont mes frères et sœurs sur le chemin avec lesquels je travaille). Un jour, il m'envoie quelqu'un qu'il avait en psychanalyse, en thérapie, en psychologie des profondeurs, et cette personne m'avait marqué profondément. C'était un jeune homme, pas loin de Ia trentaine, il était grand, élancé, toujours habillé de blanc, le crâne rasé, avec un turban, et c'était quelqu'un qui était dans la spiritualité. Il avait un super thème c'est vrai, avec une étoile de David, un sceau de Salomon, un beau thème, et comme je venais de lire tout ce que Rudhyar disait à ce propos sur le sceau de Salomon, j'étais en extase; alors je lui ai dit "Tu as un thème fantastique, tu as une destinée fantastique", avec des beaux carrés partout, parce qu'en astrologie humaniste, c'est important d'avoir des carrés. Autrefois, on disait " Oh là ! Tu as plein de carrés dans ton thème ! Mon pauvre  gars !". Aujourd'hui, on dit : " Ah ! tu as plein de carrés dans ton thème ! Ah, mais.. heureusement pour toi, quelle chance .. !". Et il avait tout, lui. Je lui disais cela, et je le voyais qui se rengorgeait, enfin je le voyais... mais je ne l'avais pas vu. Et puis il s'en va, tout content. Le lendemain, mon psychanalyste m'appelle, et il me dit " Ca va pas la tête, mais qu'est-ce que t'as fabriqué ! Ce mec là, il est complètement parano, et tu as renforcé sa paranoïa ... ! ". Et je lui ai dit  "Ah bon ! mais il a un super thème ". Et il me dit "Je m'en fous de son thème! Tu m'as bousillé un an de boulot !". Heureusement que c'était au début, parce ce que, du coup, je la mets en veilleuse quand je vois de beaux thèmes ! Non, je le dis bien sûr, mais je mets la personne en garde contre toute forme d'ego, d'orgueil spirituels. Mais tout ceci, c'est pour revenir à Saturne justement. Il n'était pas passé par ce processus saturnien; "son" Saturne n'était pas intégré, puisque Saturne est la pierre angulaire, la pierre de touche, de tout le thème; il permet d'entrer en contact avec le transpersonnel, si on transmute ce que Rudhyar appelait le "Saturne du passé", qu'on peut aussi appeler le Saturne karmique. Si on le transmute, on peut alors construire son Saturne individuel ("Saturne du présent"), et pour moi, comme je l'ai dit, de toutes façons, dans la même foulée, le Saturne transpersonnel. Rudhyar expliquait que Jupiter et Saturne, au départ, sur le plan karmique, dans les premiers 28 ans, représentaient les planètes sociales ; avec le travail de transmutation, elles deviennent les planètes de l'Âme, parce qu'elles sont les portes de l'Âme, comme le disait également Marc Edmund Jones. Vous savez, Saturne, c'est le chameau, (forcément), auquel fait référence cette phrase de l'Évangile : "Il est plus facile à un chameau de passer à travers le chas d'une aiguille, qu'à un riche d'entrer dans le royaume des cieux." Et le riche, c'est chacun de nous. Nous sommes riches de nos instincts, de nos désirs, de nos émotions, de nos pensées, de notre ego, de notre perpétuel combat avec les autres pour prouver que nous existons. A un moment, nous nous disons "Ca suffit !". Et Saturne va nous aider, si nous le prenons dans une perspective de dépassement, de réalisation personnelle, de transcendance. Dans cette histoire que je vous ci racontée, j'aurais dû d i r e à c e jeune   homme "Il faut construire ton Saturne si tu veux vraiment de venir un être spirituel ".

Pour moi, la consultation est cet outil qui aide à cette prise de conscience et à ce réajustement. Mais je n'oublie jamais qu'elle me renvoie à moi-même, à ma propre conscience, à ma propre responsabilité d'astrologue ; il ne faut pas oublier ce travail vraiment intérieur, ce travail de partage et d'amour que j'ai évoqué.

Voilà, je vais terminer en citant mon Maître, Rudhyar, c'est le Maître par lequel j'ai été éduqué à cette astrologie, et je suis toujours éduqué, en permanence. Je l'invoque constamment, il est présent en moi à tout instant, et particulièrement quand je traduis ses livres ou certains textes comme celui-ci. Eh bien ! Je sens sa présence en moi, et c'est vraiment comme s'il me soufflait à l'oreille les mots qu'il faut transmettre; et je me rappelle que durant le temps que j'ai passé en Californie auprès de lui, il ne m'a jamais enseigné quoi que ce soit - c'était surtout avec Leyla que j'avais des discussions astrologiques - mais Rudhyar ne parlait jamais d'astrologie en tant que telle. Il suffisait d'être près de lui, de le voir vivre, d'échanger avec lui sur les choses de la vie. Tout cela, en soi, constitue un enseignement. Cependant, je passais avec lui quelques heures certains matins de la semaine, durant lesquelles il me parlait des problèmes de traduction et de la manière de percevoir son message. Bon peut-être, étais-je tellement petit à l'époque et je le voyais tellement grand, que je n'ai pas profité pleinement de tout ce qu'il aurait pu me donner. Mais je me suis rattrapé depuis, en grandissant, et il me le donne maintenant. Alors, je voudrais terminer en lisant cette phrase, la dernière phrase du chapitre " La Vie Symbolique " des Symboles Sabian, de ce merveilleux livre (mais ils sont tous merveilleux les livres de Rudhyar !) que j'ai mise en exergue sur le faire-part de naissance de ma petite fille qui est née récemment. Rudhyar dit :

" Telle est la vie symbolique, la vie dictée par la sagesse. En effet, la sagesse, c'est savoir, d'une science irréfragable que le tout s'accomplit à chaque instant par et dans chaque manifestation de la vie, une fois que cette vie, illuminée par un amour dégagé de toute possessivité, repose sur la certitude que l'ordre, la beauté, l'échange rythmique e t l'harmonie des contraires en perpétuel équilibre existent ici et maintenant sans que rien ne puisse les détruire".

Voilà, je voudrais terminer là-dessus, parce que cette phrase me parle vraiment. Merci à vous.

 

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