INTERVIEW DE SAMUEL PARUE DANS LA REVUE ASTROLOGOS

 

 

 

Article : La vie astrologique  -  Revue « ASTROLOGOS » N° 20

 

 

Samuel DJIAN 

Je me cherche pour que vous me trouviez …

 

S.D. : je suis marié à l’astrologie depuis 30 ans. Mais dans ma rencontre avec cette grande Dame, c’est elle qui s’est imposée à moi. J’étais parti pour faire de longues et grandes études, des études pour comprendre comment fonctionne notre société. J’aimais les études, je suis diplômé de Sciences Po et licencié en Droit, j’ai même entrepris le doctorat de Sciences politiques pour finalement faire l’Institut Français de Presse. Donc je voulais être journaliste. Mais toutes ces études ne me satisfaisaient pas, je n’étais pas bien, j’étudiais un monde où l’individu n’a pas sa place. Alors, j’ai rencontré Henry Miller dans ses livres…

 

R.J. : Henry Miller du Tropiques du Capricorne et de Sexus ?

 

S.D. : Oui, mais ce qui m’a frappé dans ses écrits, c’est qu’il parlait de spiritualité, d’astrologie, du Christ, du Bouddha, toutes choses que mes études m’avaient laissé ignorer. Miller disait aux hommes politiques, donc à moi qui était formé aux sciences politiques et qui, ayant 20 ans en 1968, voulait changer le monde  - «pourquoi ne commencez-vous pas par vous changer vous-mêmes » ?

Du jour au lendemain j’ai abandonné la carrière qui m’attendait (j’étais stagiaire au « Monde ») pour me lancer dans l’astrologie. J’ai commencé évidemment avec Barbault, le leader de l’époque, mais aussi Hadès, Antarès, Julevno,  etc.… Je me suis formé tout seul pendant trois ans. Mais j’ai eu envie de me donner des bases solides et je suis entré en première année chez Jacques Berthon.

 

R.J. : Et pour gagner ta vie ?

 

S.D. : Je travaillais à mi-temps comme correcteur dans une imprimerie.

 

R.J. : Quand es-tu devenu astrologue professionnel ?

 

S.D. : A 29 ans (retour de Saturne, bien sûr),  mais c’est un psychanalyste qui m’a encouragé à choisir cette voie, et même qui m’a aidé matériellement.  Et là se situe une autre rencontre, celle de Germaine Holley, après avoir lu un extrait de conférence (passionnant) de Charles Vouga dans les Ephémérides Charcornac qui donnait le numéro de téléphone de Germaine Holley.  Je l’appelle, elle me donne un rendez-vous.

Je lui dis : « j’ai envie d’apprendre avec vous ».  Elle prend les éphémérides, regarde la ligne de ma naissance et me dit : c’est le moment pour vous, je vous prends. J’ai eu droit à des cours particuliers et je me demandais comment j’allais la payer.  Quand je lui ai posé la question, elle a répondu que cette question ne se posait pas. J’ai passé avec elle un temps merveilleux, c’est un femme merveilleuse que je considère comme ma mère spirituelle.  J’ai rencontré chez elle : Fanchon Pradalier-Roy et Thérèse Casati, entre autres.

 

R.J. : Berthon, Holley,  belles références !

 

S.D. : Oui mais tu oublies que, en études, je suis insatiable.  Et un jour, c’était en 1978, Germaine Holley me parle de Dane Rudhyar. On ne connaissait de lui en France que son livre « Le Cycle de la Lunaison ».  J’ai commencé à lire ses autres livres non traduits que je suis allé acheter à Londres. Germaine Holley me conseille d’écrire à Rudhyar. Je lui écris, il me répond, me disant que si je suis aussi épris de ses œuvres je peux de sa part chercher un éditeur-traducteur à Paris. Je contacte Médicis qui retient sur mon insistance cinq de ses livres, dont les deux que j’ai traduits : « Approche Astrologique des Complexes Psychologiques »  et  « Astrologie et Psyché Moderne ».  Mais je ne pouvais pas me contenter de lire ses œuvres, je voulais le rencontrer, je voulais vivre auprès de ce Maître.

Je demande un visa, mais le consulat me prend pour un candidat à l’immigration et me refuse le visa. Il est vrai que j’avais Saturne transit sur le Descendant !

Comme nous avions prévu de partir, ma femme et moi décidons de partir en Inde.

 

R.J. : Pour rencontrer d’autres Maîtres ?

 

S.D. : Exactement.  Je voulais connaître tous les ashrams. J’avais déjà étudié la spiritualité hindoue et il me fallait aller me tremper dans cette civilisation qui avait séduit Arnaud Desjardins. J’ai mal supporté les réalités du monde indien mais j’ai découvert Yogananda dont curieusement je n’avais jamais entendu parler.  C’était en 1978, nous sommes restés six mois dans ce pays, essayant d’aller partout.  Et nous y sommes retournés en 1981 : le jour de mon anniversaire j’étais devant la tombe de Sri Aurobindo.  Ce fut un moment d’une grande intensité.

 

R.J. : Aurais-tu oublié Rudhyar ?

 

S.D. : Bien au contraire, c’est en Inde que nous avons renouvelé notre demande de visa pour les Etats-Unis. J’avais cette fois Jupiter sur le Descendant : j’ai eu un visa de touriste à entrées multiples.  Retour en France et départ pour San-Francisco.  Mon premier contact avec Rudhyar fut inoubliable.  Nous sommes partis dans le brouillard et le froid pour Palo Alto où il résidait et je me disais : je suis dans le brouillard et quand je vais rencontrer Rudhyar tout va s’éclairer.  Et, effectivement quand nous sommes arrivés à Palo Alto où Leyla Raël nous attendait, le soleil perçait et il faisait chaud.

 

R.J.   Rencontrer Rudhyar, quatre ans avant sa mort, quel privilège !

 

S.D.  En effet, mais je dois t’avouer une chose : cet homme était tellement grand pour moi que j’ai été comme paralysé. Trop respectueux de lui, je n’ai pas pensé à prendre des notes ni à prendre des photos, sauf une, celle-ci qui est toujours sur mon bureau. Je n’ai que la photocopie de ses carnets de notes.  Je suis resté deux ans auprès de lui. On se voyait plusieurs fois par semaine mais on ne parlait pas vraiment d’astrologie, on parlait de son œuvre : il voulait faire un glossaire. J’ai donc passé mon temps à étudier toute l’œuvre de Rudhyar et en même temps j’ai lu les auteurs américains non connus en France.

 

R.J. : As-tu des informations sur le rôle professionnel qu’a eu Rudhyar : a-t-il exercé comme astrologue consultant ou conférencier ?

 

S.D. : Rudhyar m’a dit : « je suis écrivain, la seule chose que je sais faire, c’est écrire ».  Au départ, c’était un musicien compositeur.  A 17 ans il avait rencontré Debussy et écrit un livre sur lui sous son nom français, Daniel Chennevière.  A 17 ans !

Aux Etats-Unis, il a écrit des œuvres et voulait les faire jouer mais il a été arrêté par l’entrée de l’Amérique dans la première guerre mondiale.  Il a aussi été un peintre reconnu. Il a découvert l’astrologie je ne sais comment. 

Son premier livre,  « l’Astrologie de la Personnalité », a été écrit en 1936.  Médicis l’a publié en 1984 !!   Ce sont les hippies des années 60  qui l’avaient fait connaître, par affinité pour ses idées.

 

R.J. : Rudhyar a lancé le mouvement dit «humaniste». Te sens-tu relié à ce courant d’idées ?

 

S.D.  Oui. Je me sens relié, mais les circonstances ont fait que, à mon retour des Etats-Unis, d’une part le courant avait été lancé par Alexander Ruperti, d’autre part, j’ai été très sollicité en tant que praticien. Notamment Pascale Bergeron à Lyon qui savait que je rentrais d’Amérique après deux ans de proximité avec Rudyar, m’a tout de suite demandé de venir faire un enseignement dans son Ecole d’Astrologie. J’ai eu aussi beaucoup de demandes de consultations. Le mouvement humaniste s’est fait sans moi. Je me sens très proche mais je ne suis pas un participant effectif. Je suis quelqu’un qui, d’une façon générale, suit son courant personnel et pour se situer se réfère à ce que révèle son thème au fur et à mesure. Cependant, je dois dire que j’adhère plutôt à ce que préconisait Rudyar dans un livre non encore traduit  «De l’astrologie humaniste à l’astrologie transpersonnelle».  J’ai d’ailleurs fondé à Paris une école qui s’appelle Centre de Recherches et d’Etudes Transpersonnelles.

Et derrière mon astrologie il y a tout ce que j’ai intégré du christianisme, du bouddhisme, du yoga et autres philosophies.

 

R.J. : Quels sont les problèmes que tu cherches à traiter lors de tes consultations ?  Ou plus exactement,  comment prends-tu les choses lorsque le consultant t’expose sa demande ?

 

S.D. : Quelle que soit la problématique exposée par le consultant, j’essaie toujours de comprendre pourquoi il lui arrive ce qui lui arrive, quel est le sens caché de ce qui lui arrive.  Je m’intéresse moins à l’évènement qu’au sens caché de l’évènement.  Par exemple, votre femme vous quitte, était-ce nécessaire astrologiquement parlant,  quelle est la nature de cette nécessité,  quel est son sens pour votre vie ?

 

R.J. : J’entends.  Mais ces personnes qui viennent nous voir sont en état de souffrance et elles nous demandent plutôt quand la souffrance va se terminer. 

Tout le monde est en quête de bonheur, alors expliquer l’évènement douloureux c’est bien, mais promettre un avenir meilleur c’est mieux.

 

S.D. : Il faut que la personne qui est devant cet égrènement douloureux arrive à se réajuster à un autre niveau de compréhension de son évolution.  Le vrai bonheur, et c’est cela qu’il faut faire comprendre, c’est d’être d’abord soi-même, libre, autonome, indépendant, et si on a par exemple ce qu’on peut appeler des transits de divorce      - Uranus bien sûr -  c’est que le couple a été un lieu d’enfermement au lieu d’être un lieu de libération,  - car ce devrait être un lieu de libération, à condition d’être soi-même libéré -  donc le transit active cette exigence qui n’a pas été satisfaite. On cherche le bonheur, c’est naturel et moi je dis que toutes les religions nous enseignent que le bonheur ça consiste à retrouver le royaume de Dieu en soi.  L’évènement qui nous arrive a pour but de nous amener à retrouver ce Dieu qui est en nous.  Et tu vois, bien que je sois athée de naissance, je n’hésite plus à employer ces termes.

 

R.J. : Qu’est-ce que tu penses de la place actuelle et future de l’astrologie dans la société ?

 

S.D. : J’ai toujours pensé que l’astrologie a une place capitale.

Tu sais quelle a été ma formation initiale : sciences politiques, économie, sociologie..

Je suis quelqu’un qui a toujours été attiré par une meilleure compréhension de la société. L’astrologue, dans la perspective d’une société nouvelle, devrait être un élément de clarification de la société, être celui qui donne un sens aux choses.  On ne peut pas en effet faire un développement personnel si on ne se relie pas au collectif dans lequel on s’insère. L’astrologue est celui qui peut permettre d’élever le débat.

 

R.J. : Ce que l’astrologie montre ne te paraît-il pas plutôt déshonorant ?

 

S.D. : C’est évident. L’aspect burlesque de certaines manifestations et le manque d’éthique donnent une triste image. L’astrologie est une discipline d’une haute portée intellectuelle et spirituelle, elle demande une grande rigueur intérieure et il faudrait non seulement le dire mais en témoigner dans sa vie extérieure. L’initiative du R.A.O. et d’autres initiatives vont dans ce sens d’une réhabilitation de l’astrologie.

 

R.J. : Et les relations entre astrologues ?

 

S.D. : Je suis très triste : toutes ces critiques, toutes ces attaques, alors qu’on devrait partir du principe que chacun fait de son mieux…  Et c’est pourquoi j’ai décidé de suivre mes Maîtres qui m’ont appris à fermer mes oreilles aussi bien à la critique qu’à la louange.

 

 

L’interview se termina sur cette phrase et j’eus aussitôt le sentiment qu’une boucle se bouclait, ou plutôt je dirais, une coquille se refermait. Samuel Djian avait trop insisté sur sa recherche de perfection technique pour que je ne ressente pas ses derniers mots comme résignation. Car enfin, quelqu’un qui avec sa formation de base aurait très bien pu apprendre l’astrologie tout seul, mais qui s’est astreint à entrer en première année chez Berthon, qui y a reçu un enseignement dont la valeur et le niveau suffiraient à beaucoup pour se croire arrivé en haut de l’échelle, mais qui a voulu aller encore plus loin et s’est confié à la grande Germaine Holley, et qui a voulu encore monter et est allé passer deux ans auprès de Dane Rudhyar, et qui me déclare après un tel parcours -sans compter les 15 ans d’expérience ultérieure- qu’il se sent encore «tout petit», cet homme,  ou bien a intégré une notion d’humilité inouïe, ou bien considère que la vie est un apprentissage ininterrompu depuis la naissance jusqu’à la mort.

 

Je penche pour la deuxième hypothèse : Samuel agit comme s’il cherchait une maîtrise absolue et comme si les plus grands maîtres, même en cumulant leur savoir et leur sagesse, ne pouvaient le faire approcher de cette maîtrise.

 

Pour quelqu’un qui, comme lui, croit que le bonheur c’est de retrouver le Dieu qui est en nous, la connaissance de soi et la connaissance de Dieu deviennent une seule et même chose.

Quel défi ! Si la nature humaine la plus profonde, la plus ultime, est une nature divine, alors il est clair que la  recherche sera incessante et que les révélations des plus grands maîtres, même si elles fournissent un marchepied qui nous situe déjà très haut, sont loin de pouvoir nous mettre au niveau de cette Essence humaine/divine que nous portons en nous.

Dans cette quête, humilité et orgueil sont deux aspects dialectiques : humilité parce que je n’arriverai jamais à connaître cette Essence Divine,  orgueil parce que je sais que je participe à cette Essence.

Samuel Djian avait spontanément, au cours de l’entretien, pris la précaution de dire qu’il y a un orgueil de l’humilité. 

Est-il plus orgueilleux que humble ?  C’est un problème qu’il faut laisser à sa conscience morale. 

En tout cas, aussi difficile, voire impossible, que soit cette quête, Samuel Djian ne sombre pas pour autant dans le pessimisme et moins encore dans le renoncement.

 

Comme tout astrologue vraiment impliqué dans sa science, il se cherche d’abord lui-même -«on ne peut pas aider les autres, m’a-t-il déclaré, si on ne se connaît pas d’abord soi-même».  Je suppose qu’après tant d’années d’études, Samuel a acquis une bonne connaissance de lui-même et que, même s’il n’a pas encore approché le Dieu qui est en lui, il est tout à fait en mesure d’aider ses élèves et ses consultants à se trouver, sachant que la plupart des humains sont déjà très satisfaits s’ils ont découvert en eux l’Homme en attendant d’avoir aperçu le Dieu.

 

                                                                                                          Robert Jourda    

 

 

 

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